Les colis de la Ferme de la Marache
Les Theys, père et fils, élèvent une centaine de vaches viandeuses à la Ferme de la Marache. En marge de la filière classique dans laquelle aboutit l’essentiel de sa production, cette exploitation familiale réserve quelques bêtes à la vente directe, sous la forme de colis de 5 ou 10 kilos, plusieurs fois par an. Julien nous explique les raisons de ce choix qui mène à une qualité de viande supérieure.
La ferme de la Marache, située entre le centre de Lasne et le Lion de Waterloo, est exploitée par la famille Theys depuis plusieurs générations. Aujourd’hui, c’est Julien, une trentaine d’années, qui reprend progressivement les rênes aux côtés de son père. En 2024, il lance une nouvelle activité : la vente directe de colis de viande. L’élevage de Blanc Bleu Belge reste le cœur de métier de la ferme. Toutefois, certains animaux ne peuvent pas intégrer le circuit traditionnel, notamment pour des raisons de fertilité. Afin de faire connaître le savoir-faire lasnois, ces animaux sont désormais valorisés sous forme de colis de viande de qualité, proposés en circuit court.
La sélection du bon animal prend du temps et c’est pourquoi, Julien préfère attendre le bon moment pour proposer ses colis plutôt que de s’obstiner à en faire un à intervalle régulier, ce qui restreindrait sa marge de manoeuvre ainsi que la qualité du produit. Chaque animal permet de constituer environ 60 colis de 5 ou 10 kilos. Grâce au bouche-à-oreille, une centaine de clients font déjà confiance à la ferme de la Marache. Pourquoi pas vous ?
Composition du colis
Les colis sont composés d'un mélange de morceaux nobles (entrecôte, côté à l'os, etc.) et moins nobles (haché, viande de carbonnade,...). Si vous souhaitez des colis spéciaux (barbecue, haché,…), n’hésitez pas à prendre contact avec Julien.
Comment commander ?
Lorsqu’une bête est prête, Julien prend contact avec l’atelier de découpe partenaire (la coopérative En direct de mon élevage) et fixe une date de distribution des colis qu’il publie sur sa page Facebook ainsi que dans la mail list de ses clients. Il crée alors un formulaire Google Forms qu’il vous invite à compléter afin de centraliser les informations de commandes. Un paiement à l’avance est demandé afin de ne gaspiller aucun kilo de viande.
Les clients sont invités à aller chercher leurs colis de viande un jour bien précis à la ferme. Julien loue alors un camion frigorifique avec lequel il va chercher la viande à la coopérative. Il revient à la ferme avec le camion et y garde la viande toute la journée jusqu'à ce que tous les colis aient trouvé preneurs.
Infos
- Email : [email protected]
- Message via la page Facebook de la Ferme de la Marache
Pourquoi proposer ces colis?
La Ferme de la Marache élève une centaine de vaches de race Blanc Bleu pour leur viande. Lorsqu’elles parviennent à un certain âge (7 ou 8 ans), les bêtes quittent la ferme pour rejoindre le circuit classique de viande en Belgique et être vendue notamment en grandes surfaces. Pourquoi Julien a-t-il décidé d’écouler une petite partie de sa production en circuit court ?
JULIEN THEYS: On élève des animaux de bonne qualité depuis toujours ici à la ferme de la Marache. L’essentiel (95%) de ce qu'on leur donne à manger est cultivé sur nos terres. On fait le maximum pour que tout se passe bien en termes de bien-être et de santé. Et pour cela, on ne dépasse pas une centaine de bêtes. Notre infrastructure nous permettrait d’en élever jusqu’à 125. Mais ce n’est clairement pas ce que je veux. Je préfère avoir quatre animaux qui puissent bien se mouvoir dans leur box plutôt que d'en avoir sept qui disposent de moins d'espace et ne se sentiront pas aussi bien. La rentabilité à tout prix n’a pas de sens si l’on veut prendre en compte le bien-être animal qui est primordial pour nous.
La ferme compte en général entre 52 et 60 vaches adultes qui donnent naissance à un veau dans l'année. Si on voulait maximiser les aides de la Région wallonne, on devrait chercher à avoir 100% de nos vaches dans le cas. Mais si nous le faisions, nous serions obligés de rentrer dans un système où l'animal est considéré de A à Z comme un produit, où tout est planifié, au mois près, au gramme près, depuis sa naissance jusqu'à son abattage : calculer des rations d'aliments précises par trimestre, inséminer à un moment précis en fonction du retour sur investissement, ...
On se retrouverait dans un système où l'animal n'a plus l'opportunité de grandir de manière naturelle. Nous préférons travailler "à l'ancienne" en nous adaptant au comportement de l’animal et en l'analysant. Par exemple, si on se rend compte que l'animal est demandeur de recevoir une ration plus importante, on va la lui donner. Par exemple, si on voit qu'il a tendance à rester en retrait du troupeau, qu’il a l’échine courbée, nous allons directement près de l’animal pour tenter de voir ce qui ne va pas et ainsi enrayer directement un soucis éventuel. Ce genre de fonctionnement n'est pas possible dans une ferme où il y a mille animaux car il nécessite de connaître chaque bête.
Ici, nous connaissons tous les animaux qu'on a dans l'exploitation, leur numéro, le nom qu'on leur donne, leur caractère, leur origine et même leur meilleur ami. Je les connais parce que je suis tous les jours à leur contact, je les observe. Je sais vous dire s'il y a une vache qui a un problème de patte ou de dos, s'il y en a une qui a tendance à être un peu méchante avec les autres ou si, au contraire, nous avons affaire à la plus gentille des vaches.
Voilà, on essaye de faire les choses vraiment convenablement et je trouvais que c'était un peu bête d'envoyer tous ces animaux dans le circuit industriel où ils sont d’abord "finis chez un engraisseur », c'est-à-dire qu'on leur donne énormément de protéines pour qu'ils prennent de la masse, de muscles, entraînant de fait une diminution de qualité.
Pourquoi la viande des colis est de qualité supérieure?
JULIEN THEYS: Quand on voit une bête qui va moins bien, on sait malheureusement que l'on va devoir l'extraire du groupe et la vendre directement ou s'en débarrasser. On peut par exemple avoir un animal stérile. En général, on l'envoie directement chez un engraisseur ou à l'abattoir. Désormais, je peux garder cet animal. L'idée est de faire de cette tare une opportunité. On va laisser grandir la bête à son rythme et l'engraisser pour en faire des colis de viande. Comme elle n'aura pas eu de gestation et sera relativement jeune (trois ans en général), sa viande sera très tendre.
Autre exemple, l'an passé, un veau était né avec une déformation à l'épaule. J'ai décidé de l'élever pour les colis de viande. Il n'a bu que du lait depuis sa naissance jusqu'à son abattage, un an plus tard, ce qui donne à la viande une saveur particulière, entre viande blanche et viande rouge. Si je n'avais pas fait ça, j'aurais dû me séparer du petit veau au bout de 30 jours grand maximum et il aurait été abattu quasiment directement. J'avais déjà eu ce genre d'animal par le passé et je savais donc que, malgré l'épaule déficiente, il s'en sortait très bien. Après un an, je me suis rendu compte que la bête, plus lourde, commençait à avoir de légères difficultés à se mouvoir. C'est à ce moment-là que j'ai pris la décision de la faire abattre pour faire des colis.
J'adore mes animaux. En faire abattre un n'est jamais quelque chose qui me fait plaisir. Mais je préfère qu'on tue l'animal problématique après un an et obtenir ainsi 400 kilos de viande de qualité plutôt que 50 kilos en l’abattant un mois après sa naissance.
Une viande Blanc Bleu goûtue
Je propose donc des colis quand j'ai vraiment un animal qui convient et je vise la qualité. L'objectif, est d'essayer de faire un colis par trimestre pour continuer de faire quelque chose de qualitatif.
L'avantage de la race Blanc Bleu est d'avoir des animaux qui donnent une quantité importante de viande et qui sont extrêmement gentils. Je peux entrer dans leurs box sans bâton. Les animaux savent très bien que je ne suis pas une menace, je peux les caresser. Et en prairie, contrairement à certaines races, le Blanc Bleu ne cherchera pas à s'échapper.
Nous avons remarqué, grâce à notre expérience et aux retours de nos clients, que la viande de nos animaux avait plus de goût que la viande issue de grande surface et nous assimilons ceci au fait que nous laissons à nos animaux le temps de se développer à leur rythme plutôt que de les gaver pour obtenir un maximum de rendement.