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Mathilde, maraîchère (Jardins du Lanternier)

Mathilde est la cinquième génération d'une famille d'agriculteurs qui fait vivre une jolie ferme située au sommet d'un mont sur la place de Plancenoit. Elle y a ajouté une nouvelle dimension: la production de légumes, une voie qu'elle a empruntée alors qu'elle n'avait que 25 ans. À l’époque, elle était presque une pionnière à Lasne. Six ans plus tard, à peine trentenaire, elle compte plus d'une centaine de clients qui profitent d'une cinquantaine de légumes certifiés bio qu'elle cultive seule, aidée et conseillée par son père qui continue à s'occuper des grandes cultures.

C'est une situation devenue peu courante que celle de ferme de Mathilde à Plancenoit: ses bâtiments se dressent dans le village même, sur la place, entre l'école et l'église, au sommet d'un mont, contribuant à une image bucolique de carte postale, mais pas celle d'un passé révolu. La ferme est plus vivante que jamais. Grâce à une famille d'agriculteurs qui y travaille les terres aux alentours depuis cinq générations. Grâce à la dernière, Mathilde, qui lui a ajouté une nouvelle dimension: la production de légumes, une voie que la jeune femme, alors munie d'un diplôme d'histoire de l'art, a emprunté à 25 ans seulement. À l’époque, elle était presque une pionnière à Lasne. Six ans plus tard, à peine trentenaire, elle compte plus d'une centaine de clients qui profitent d'une large variété de de légumes certifiés bio qu'elle cultive seule, aidée et conseillée par son père qui continue à s'occuper des grandes cultures. Nous l’avons rencontrée par une chaude matinée de juin, alors qu’elle sortait de longues journées de travail, entre plantation, récolte, désherbage et arrosage, sans que la fatigue n’écorne sa gentillesse ou n’infléchisse son sourire.

D’abord les infos pratiques

Paniers de légumes

  • Par abonnement (annuel)
  • À retirer à la ferme chaque mardi entre avril et décembre

Vente directe à la ferme

  • Chaque samedi à la ferme de 10h à 14h

Plus d’infos
Téléphone: 0475/528598 | Jardinsdulanternier.be |  Page Facebook

Comment es-tu devenue maraîchère ?

Mon père a toujours exploité de grandes cultures comme les betteraves ou le froment. Enfants, ma sœur et moi l'aidions très peu. À l'adolescence, je voyais mon père travailler très dur, je ne comptais pas suivre ses traces. J'ai fait des études supérieures en… histoire de l'art. C'était intéressant mais les débouchés étaient très limités et j'ai refait une année d’étude supplémentaire, en gestion cette fois, ce qui m'a permis de trouver un job dans une asbl d'éducation permanente.

Mais un jour, je suis revenue du travail et j'ai dit à mes parents : "Je vais me lancer dans le maraîchage bio". À l'époque, le réchauffement climatique et le concept de circuit court étaient dans l'air du temps et je trouvais dommage de faire venir des légumes de l'étranger alors qu'on pouvait les produire ici. Petit à petit, je me suis dit que ça pourrait être chouette de cultiver des légumes et que ça diversifierait l'activité de la ferme. Je disposais d'un grand avantage : l'accès à la terre, ce qui est une des principales difficultés pour se lancer dans le métier.

Comment t'es-tu formée?

J'ai commencégrâce à une initiative à Les Bons Villers où des terres et une serre étaient mises à disposition pour s'essayer au métier. Pendant une année, j'ai cultivé mes premiers concombres, tomates, choux et courges. C'était assez limité mais j'ai constaté que ça marchait et surtout que ça me plaisait. En parallèle, je faisais un stage chez une maraîchère qui m'apprenait le métier une fois par semaine. Après ce test concluant, j'ai commencé à cultiver sur les terres de notre ferme familiale. J'ai tout appris par la pratique, avec de bons conseils prodigués par mon père. Les bouquins, je les consulte quand je recherche une info bien précise.

Il a fallu transformer une partie de notre prairie pour installer des serres et une autre partie pour les potagers extérieurs. Les premières années, j'ai continué à travailler à mi-temps dans l’asbl. Le salaire m'a permis de faire des investissements nécessaires. Mais en 2023, combiner les deux avait fini par représenter une charge de travail beaucoup trop lourde. Et par ailleurs, pour savoir si le projet pouvait marcher à long terme, il fallait que je m'y consacre pleinement pour le faire grandir. J’ai donc franchi l’étape finale et me voilà devenue maraîchère à plein temps.

Es-tu arrivée à une activité viable à long terme?

C'est dans ce but que j'ai agrandi la surface des terres cultivées au fur et à mesure. Sachant que je cultive tout à la main, j'ai atteint maintenant un maximum car le travail réclame du temps et est physiquement éprouvant. Les plantations, le désherbage, la récolte, tout se fait à terre. Désormais, je vais suivre le conseil que mon père me répète depuis le début : mécaniser les tâches quand on peut le faire car cela soulage le travail. Cet hiver, j'ai acheté une planteuse à poireaux d'occasion. Elle m'a permis de planter des milliers de plants en quelques heures là où il m'aurait fallu deux jours auparavant.

Aujourd'hui, je produis une cinquantaine de variétés de légumes et compte une grosse centaine de clients, un nombre stable par rapport à l'année passée. Il y a un noyau dur de gens ultra fidèles qu'on voit toutes les semaines.

Je propose deux jours de vente, un pour les paniers (mardi après-midi), un pour la vente au détail (samedi). Cela permet de ne proposer que des légumes frais aux clients.
Pour les paniers de légumes, je prépare la caisse de chaque client. Chacun passe le mardi dans la cour, entre 15h et 19h, et prend ses légumes. Les gens viennent d'un peu partout dans les environs, pas seulement du quartier. Il y a vraiment tous les profils d'âge. Je tiens compte dans la mesure du possible de certaines préférences.

Comment établis-tu tes prix?

C'est un vrai casse-tête (rires). Même si je ne peux pas m'aligner sur les tarifs de légumes qui ont été produits en masse dans le sud de l'Espagne, je regarde les prix du bio dans la grande distribution. Je regarde aussi les prix pratiqués par les autres maraîchers. J'essaie d'établir un prix le plus juste possible. Des clients me disent que je suis dans les prix, certains même que je ne suis pas cher. Mais la plupart dit surtout que les légumes sont très bons (rires).

Comment choisis-tu les légumes à cultiver?

Je m’adapte au goût des gens. Pendant les premières années, je cultivais du céleri branche au printemps mais presque personne n'en achetait. Donc j'ai arrêté d'en faire. Cette année, je teste les fèves des marais.

Je cultive un seul fruit : la fraise. Je pensais arrêter parce que la récolte réclame de nombreuses heures, plusieurs fois par semaine. Mais elles sont super bonnes et on reçoit d'excellents retours. Alors je vais quand même en remettre l'an prochain (rires)!

Quel est le légume que tu préfères cultiver?

Les tomates. Il faut les bichonner, je passe chaque semaine dedans pour les tailler et les tuteurer. Si on ne taille pas une plante de tomates, on finit par avoir un petit buisson. Si on veut avoir des plus grosses tomates plus tôt dans la saison, il vaut mieux les tailler chaque semaine. C'est une culture qui exige beaucoup de temps et de patience. Mais après, quand elles sont là, c'est tellement beau!

Décris-nous une journée de travail type.

Je démarre entre 7h et 7h30. Je commence par la récolte des légumes. Cela peut prendre beaucoup de temps. Les récoltes pour la vente du samedi me prennent une journée complète en été! Et une fois récoltés, certains légumes doivent être nettoyés. Après la récolte du jour, soit il faut planter, désherber ou s'occuper de la taille des tomates, des aubergines, etc. Et le soir on arrose. On fait en ce moment beaucoup d'arrosage car il ne pleut pas (NDLR: l'interview a eu lieu en juin), on essaye de faire en sorte que les légumes ne soient pas assoiffés (rires). En termes de travail, la semaine passée était exceptionnelle car je devais aussi aider mon père à ramasser les foins. Donc, on a terminé plusieurs jours très tard. En général, j'essaie d'avoir terminé vers 19h - 20h. S'il y a des tâches administratives, je les fais à ce moment-là.
 
Je travaille principalement seule, avec mon père qui m’aide. J'ai pu compter sur la très grande aide apportée par une habitante du village qui venait au champ autant de fois que nécessaire. Je reçois aussi de l'aide via une association qui met en relation des personnes qui ont envie de travailler la terre avec des maraîchers ou des agriculteurs. Ici j'ai quelqu'un qui vient une matinée par semaine. C'est un jeune hyper dynamique. Cela permet aussi de ne pas être seule sur le champ.

Les grandes difficultés de ton métier?

On dépend de la météo qu'on ne maîtrise pas du tout.
Il faut aussi lutter en permanence contre les risques de maladies ou les attaques de ravageurs. En agriculture biologique on privilégie les mesures préventives : longues rotations culturales, choix des variétés résistantes et adaptées à nos régions, bonne aération des serres, bon drainage du sol, favoriser la biodiversité, utiliser les voiles de protection contre les insectes nuisibles, etc.

La grande satisfaction?

Produire des légumes sains et savoureux qui seront consommés localement. J'aime aussi le contact avec les clients, recevoir leurs retours sur la qualité des légumes. La ferme devient un lieu de rencontre où les gens du village et des alentours se retrouvent.

À la personne qui voudrait suivre tes traces, tu dirais...

Je lui dirais qu'elle doit d'abord travailler chez plusieurs maraîchers pour se rendre compte de la réalité du métier. Chacun travaille d'une façon différente, elle pourra piocher chez l’un et chez l’autre ce qui l'intéresse le plus. C'est une étape nécessaire, en particulier si cette personne n'est pas issue du milieu agricole.