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Alexandre, maraîcher (Ferme des Marnières)

Alexandre faite partie de ces jeunes citadins, étrangers au monde agricole, qui ont décidé de quitter un chemin tout tracé (il était avocat après des études de droit) pour devenir maraîchers. Il a choisi des terres à Lasne pour installer ses potagers, ses serres et ses arbres fruitiers, enrayant l'érosion des lieux et faisant resurgir la biodiversité. En 2026, il distribuera ses paniers de légumes aux Lasnois tous les mardis, juste à côté de l'école Saint-Ferdinand, sur la chaussée de Louvain.

Cultiver des légumes et des fruits, ce n'est pas une voie qu'on vous propose d'emblée à la sortie de l'école, fait remarquer Alexandre qui avait choisi des études classiques de droit après l'école secondaire. Une dizaine d'années plus tard, il choisissait le maraîchage, un métier qui répondait "à un besoin d'être utile par rapport au réchauffement climatique et à l'effondrement de la biodiversité, deux enjeux fondamentaux qui me hantaient".

S'il a fait un choix par idéalisme, tout le reste n'a été que pratique, dur labeur et persévérance pour lancer la Ferme des Marnières sur une propriété de dix hectares à Lasne. Aujourd'hui, Alexandre démarre sa quatrième année avec l'objectif d'augmenter sa production. Une ambition que ce trentenaire, désormais plus aguerri, est prêt à endosser, lui qui dit n'avoir jamais été aussi épanoui professionnellement. Un objectif qui cherchera son accomplissement dans notre commune puisqu'Alexandre, qui vendait uniquement sur Bruxelles jusqu'à présent, proposera désormais aussi ses paniers de légumes à Lasne.

D'abord les infos pratiques

Paniers de légumes 1x/semaine

La Ferme des Marnières propose des paniers de légumes à récupérer chaque mardi en un des 4 points de collecte:

Lasne

Résidence L'Essentiel, juste à côté de l'école Saint-Ferdinand,
Chaussée de Louvain, 563 (voir emplacement sur carte)

Région bruxelloise

  • Boitsfort (rue de la Cigale)
  • Woluwe-Saint-Pierre (avenue Bois du Dimanche)
  • Ixelles (rue de l'Arbre Bénit)

Légumes de saison variés

Chaque panier contient un éventail varié de légumes de saisons. 

Abonnement

L'abonnement annuel couvre 40 semaines et débute en mai. Il peut être interrompu pour deux semaines pendant vos vacances.

Plus d'infos

Comment devient-on maraîcher quand on est Bruxellois avec des parents juristes?

D'abord, j'ai suivi leurs conseils: faire des études de droit car ça offre beaucoup de possibilités. Même si je savais que ce n'était pas nécessairement ma voie, j'ai voulu donner sa chance à cette carrière. J'ai fait six ans d'études et j'ai été avocat pendant trois ans. Mais la nécessité de faire autre chose a fini par s'imposer à moi. Je ne savais pas exactement quoi faire d'autre avant qu'un ami me recommande une formation en maraîchage bio assurée par l'asbl Crabe. J'étais sensible à la nature mais je n'y étais pas immergé. J'habite Bruxelles, je suis un citadin, je n'ai pas grandi dans une famille d'agriculteurs et c'est à partir de l'âge de 17-18 ans que j'ai commencé un peu à toucher à la terre, en m'occupant du potager chez mes parents pendant les blocus.

Ce n'était donc pas une évidence pour moi de me lancer dans ce domaine. D'autant que, quand on sort de l'école, on ne nous propose évidemment pas cette option, on ne sait pas que c’est une voie possible. Mais j’ai compris que ça répondait au fond de moi-même à un besoin d'être utile par rapport au réchauffement climatique et à l'effondrement de la biodiversité, ce que je ne trouvais pas dans mon boulot alors que ces enjeux fondamentaux me hantaient depuis longtemps. Donc voilà, le pas a été fait, j'avais 29 ans. Je me suis cependant tourné vers une autre formation du même type en Flandre (Landwijzer). C'est la première formation bio apparue en Belgique il y a plus de 20 ans. 30 diplômés ressortent de cette formation chaque année. La formation a duré deux ans et demi.

Comment est née la Ferme des Marnières?

J'ai déjà commencé à chercher un terrain pendant ma formation et je me suis rendu compte que ça n'allait pas être évident de trouver. J'ai beaucoup exploré et parcouru la partie du Brabant wallon près de Bruxelles qui représentait pour moi le lieu idéal car je ne voulais pas passer trop de temps dans la voiture pour aller travailler. Et puis finalement, j'ai trouvé via Immoweb! Le propriétaire possédait une trentaine d'hectares de terrains agricoles qu'il vendait petit à petit. Il m'a vendu dix hectares. Ce sont des terres sur lesquelles il y a toujours eu des grandes cultures conventionnelles. 

Je cherchais une terre avec l'idée de pouvoir démarrer une ferme diversifiée avec plusieurs pôles qui puissent se soutenir mutuellement. Je suis vraiment obsédé par la diversité, que ce soit dans les légumes mais aussi dans les écosystèmes que je veux régénérer. C'est central dans mon projet. J'ai tracé les plans moi-même pendant une courte formation en permaculture et avec l’aide d’un designer. Pas évident de donner corps à une ferme à partir d’une page totalement blanche… Il y avait toutefois des choses qui s'imposaient par elles-mêmes, comme le relief ou le sentier vicinal qui traverse les terres et donnent un peu la structure de base. La première année, on a installé deux serres et cultivé environ 35 ares pour 40 paniers. La deuxième année, nous avons planté des haies et des arbres fruitiers, avec l'aide d'un professionnel (Sébastien Pirotte, une pointure dans ce domaine) et pour lesquels j'ai bénéficié d'une aide financière de la Région.

Quand on plante un arbre fruitier, on choisit entre trois types de porte-greffes: bas, mi ou haute tige. La vigueur et la mise à fruit varie en dépendent. Pour le demi-tige, je dois patienter cinq ou six ans avant de commencer à récolter des fruits. Pour le haute tige, sept ans. Ma production va ensuite continuer à augmenter sur 20 ans. C’est donc un investissement sur le long terme, raison d’ailleurs pour laquelle les vergers hautes tiges ont disparu du paysage wallon à partir des années 50 (au même titre que les haies), au profit d’une agriculture plus productiviste. Aujourd'hui, on recommence petit à petit à en replanter, sous l’impulsion d’associations qui agissent pour la conservation du patrimoine fruitier et de la région wallonne.

La naissance de la ferme s'est malheureusement aussi accompagnée de soucis judiciaires. J'ai dû faire face à des plaintes de quelques voisins mécontents de la transformation du paysage. Dès le début, j'avais été dans une démarche transparente, j'avais fait le tour d'un maximum de voisins pour leur expliquer le projet, qu'il y aurait des serres mais que je mettais en place des aménagement pour qu'elles s'intègrent dans le paysage un maximum. Je leur ai dit dès le début qu'il allait y avoir des plantations massives de haies et d'arbres fruitiers. Et puis la distance entre ces voisins et les serres est très grande. Malgré ça, les voisins ont décidé de me citer devant le juge de paix, qui a finalement rejeté leurs prétentions. Un voisin a toutefois décidé d'aller en appel... Tout ça est vecteur de stress et une perte de temps et d’argent inutile. Aujourd'hui, un maraîcher en Wallonie ne peut pas survivre sans serres. C'est impossible. Sans serres, pas de poivrons, d'aubergines et surtout de tomates, produit d’appel par excellence. Il y a une méconnaissance du monde agricole et un manque de soutien que je trouve parfois sidérants. 

Ton projet joue un rôle dans la lutte contre l'érosion des sols, peux-tu nous expliquer?

L'érosion est vraiment endémique sur ma parcelle car il y a un dénivelé important. Quand je suis arrivé, l'écoulement des eaux avait creusé des crevasses gigantesques de 3 à 4 mètres en largeur et en profondeur. Le champ était régulièrement inondé, j'ai des photos prises ces trois dernières années qui le montrent bien. Il y a eu quelques inondations en bas du champ et dans les jardins des voisins aussi.

Au début je croyais que ces crevasses étaient des marnières (d’où le nom donné à la ferme). Il y a eu des gisements de marne exploités à l’époque dans la région. Les puits, souvent mal rebouchés, s'affaissent sous l'effet de l'eau et du temps, créant des effondrements spectaculaires qui menacent les construction. Finalement, il s’est avéré que les crevasses sont en réalité issues de l'érosion causée par le labour constant dans la même direction qui a formé des petits talus artificiels qui concentrent les eaux de ruissellement sur un axe. Au fur et à mesure du passage de ces eaux, des crevasses gigantesques se sont créées. Nous avons rétabli le relief originel de la parcelle et les terres se sont à présent stabilisées.

Je participe au projet européen Afaktive et qui analyse l'impact de l'agroforesterie contre l'érosion. Le projet suit six fermes pilotes en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas. On est suivi par des spécialistes européens pour l'hydrologie, l'agroforesterie, la géologie. Ils nous encadrent dans les aménagements agroforestiers en vue de stopper l'érosion. Je leur ai montré les photos de mes crevasses, ils ont directement compris qu'il y avait du potentiel (rires). On a mis des doubles haies pour stopper l'érosion et on a creusé des petites crevasses tout le long pour arrêter les eaux. Mais la chose principale pour limiter l'érosion, c'est la prairie. C'est une éponge, c'est incroyable. Une prairie permanente, c'est exceptionnel. C'est encore plus efficace que toutes les haies et tous les arbres que tu peux mettre.

Les aménagement de la ferme vont clairement aider à réduire ces inondations, avec mes cultures en amont  installées sur un sol qui devient de plus en plus poreux, de même que les haies et ma prairie.

Comment a démarré ta production de légumes?

J'avais fixé une production pour la première et la deuxième année. Après, en 2025, je n'ai pas augmenté la production parce que le travail était gigantesque et je ne voulais pas me griller. Il n'y avait pas que le maraîchage, c'est toute une parcelle de dix hectares qu'il faut gérer. Maintenant, pour la quatrième année, je vais augmenter la production. Je veux passer de 50 à 85 paniers de légumes distribués par semaine, soit environ 180 bouches à nourrir. Après trois saisons, je me sens prêt à franchir ce cap, je me suis fait un peu la main, je sens ce qui est possible et réaliste.

Mais au tout début, la première année, tu te de dis "Il y a rien qui va sortir de cette terre!". Tu n'as fait que des stages et suivi des cours théoriques, et tout d'un coup tu dois fournir des légumes pour 80 personnes pendant toute l'année. Tu paniques! Quand j'ai mis mes premiers plants dans le sol en février, je n'avais pas encore un seul abonnement. J'ai commencé à faire ma pub à la mi-mars et en mai je commençais à livrer les premiers paniers. Au début, j'ai pu compter notamment sur des proches et des amis, ça aide. J'ai commencé à 25 paniers et j'ai fini l'année à 40.

Dès le début, j'ai produit une grande variété de légumes, une cinquantaine. Je mets un point d'honneur à ce qu’il y ait une grande diversité tout au long de la saison. Je trouve ça important qu'il n'y ait pas de lassitude. Je m’amuse également chaque année à dénicher les meilleures variétés. C’est un réel plaisir de voir les abonnés transportés par le goût d’une bonne tomate gorgée de soleil ! 

Quel regard portes-tu aujourd'hui sur ton choix de devenir maraîcher?

Je n'ai aucun regret sur mon choix de vie. Je n’ai jamais été aussi épanoui dans mon job. Je sais pourquoi je me lève, je sais pourquoi je travaille. Je bosse souvent le weekend, mais en fait ça ne me pose pas de problème parce que je le fais avec une perspective long terme qui me motive, qui me remplit de joie et d'optimisme. C'est hyper satisfaisant aussi de relancer une terre, de voir que ça revit, qu'il n'y a plus de pesticide dans le coin, de voir à nouveau des insectes, de limiter l'érosion. Et franchement, je me jette un peu des fleurs, mais depuis la première année, je suis assez fier de la qualité des légumes que je sors.

 

Comment gères-tu les insectes nuisibles et la météo?

En termes de gestion des nuisibles, on est surtout sur du préventif, à 95%. On utilise des voiles pour protéger les cultures. Il n'y a presque pas de traitement. Il y a un produit que j'utilise, complètement inoffensif, évidemment autorisé en bio, c'est un champignon dit ‘antagoniste’ (qui prend la place du champignon pathogène dans la plante même) qu'on pulvérise sur les aubergines.

La météo ou un nuisible peut détruire toute une culture mais, et c'est ça qui est génial, quand tu as une telle diversité de cultures, tu vas toujours retomber sur tes pieds car la plupart des cultures auront été épargnées. J'ai eu quelques échecs évidemment. Mais maintenant je suis beaucoup plus zen qu’à mes débuts, parce que je sais que mes abonnés comprennent que tout ne peut pas réussir et que je retomberai finalement sur mes pattes. Ici, j'ai plus de 50 variétés de légumes cultivées. Il faut juste accepter qu'il puisse y avoir des couacs, on n'est pas des surhommes et, surtout, on travaille avec la nature, parfois imprévisible.

Comment te fais-tu aider?

J'ai une équipe de saisonniers. Le gros du travail saisonnier se déroule de mars jusqu'à septembre (avec des pics en mai et en juin). Jusqu'à présent, je travaillais seul pendant l'hiver, mais dans le futur, je pense qu'il y aura un saisonnier non-stop, parce que 85 paniers, ce n’est juste pas possible, ça va être un fameux changement.

La mécanisation soulage aussi des tâches pénibles. Au début de la saison, je demande à un agriculteur de Lasne de passer avec une sous-soleuse qui décompacte le sol avec ses dents fixes, sans le retourner. Avant, on travaillait avec la grelinette, cette espèce de fourche à quatre dents que tu enfonces dans la terre pour l'aérer. Je l'ai fait la première année et j'ai vite compris que ce n'était pas tenable. L'agriculteur, en dix minutes, il fait le travail qui m'aurait pris deux semaines. Ce travail du sol est nécessaire pour l’instant, après des années de maltraitance du sol. Mais mon objectif à terme est clair: en nourrissant le sol et en favorisant le vivant qu’il abrite, obtenir un sol capable de se gèrera par lui-même et me passer ainsi entièrement du travail mécanique. Ça parait complètement irréaliste pour certains, et pourtant, des milliers d’agriculteurs dans le monde apportent chaque jour la preuve que cela fonctionne.

On utilise un quad et une remorque pour épandre le compost sur les cultures. L'année prochaine, j'aimerais bien investir dans un épandeur pour faciliter cette tâche qui est aussi chronophage. Une fois que le compost est étalé, on l’intègre superficiellement avec un motoculteur sur lequel est attelé une herse rotative. Cette opération rend la surface plus friable et ça facilite la plantation des mottes et les semis.  

Décris-nous une journée de travail.

Le mardi est la grosse journée. D'abord je vais chercher mes plants, sous forme de mottes, chez le pépiniériste (l’Archenterre). Faire ses propres semis a ses avantages et est un réel plaisir mais comprend aussi des risque. Si tu sèmes pour former tes propres plants et qu'après 4 semaines, la moitié n'a pas poussé, c'est un gros problème. C'est un risque que je n'ai pas envie de prendre. La plupart des maraîchers font comme moi. Le pépiniériste, lui, fait germer efficacement les plants dans des serres, c'est un job à part.

Je passe ma commande chez le fournisseur en une fois pour toute l'année, sur base de mon plan de culture.

J'arrive à la ferme et avec les saisonniers nous récoltons les légumes dans la matinée. A partir de 2026, nous préparerons également les paniers sur le champ. Jusqu'à maintenant, je composais les paniers chez mes parents (point de collecte de Woluwé-Saint-Pierre). Mais avec l'ambition de distribuer 85 paniers, et le nouveau point de collecte à Lasne (à l’Essentiel), ce n'est plus possible, à la grande déception de mes parents, qui ne me verront plus au déjeuner du mardi (rires).

L'après-midi, je livre aux points de collecte pendant que les saisonniers plantent les mottes récupérées au matin chez le fournisseur.

Les autres jours de la semaine, on plante, on arrose, on désherbe,… Pendant l'été, on va beaucoup tuteurer, égourmander les tomates, poivrons et aubergines (les gourmands sont des pousses secondaires qui se développent à l'intersection de la tige principale et des feuilles et qu'il faut retirer pour que la plante concentre son énergie sur les fruits principaux).

Qu'est-ce que tu aimes le plus dans ton métier?

Être à l'extérieur, au contact avec la nature, c'est le principal. Après, il y a la satisfaction de voir les gens manger des produits sains.

Qu'est-ce qui est le plus dur?

Les premières années, il y avait quand même pas mal de solitude à certaines périodes. Pendant l'hiver, quand tu te retrouves seul sur le champ ou à faire des tâches administratives quatre jours d'affilée seul à la maison, c'est pas facile. Dans ce métier, tu es souvent seul face à toi-même et c'est à toi à aller puiser la motivation. Tu dois être hyper organisé, tu n'as pas un deadline bien précis, c'est toi qui dois faire ton agenda, c'est toi qui dois respecter des échéances, donc ça demande quand même de la discipline. Avec l'accélération de mon activité cette année, un aspect positif est qu'il y aura nécessairement plus de main d'œuvre et j'aurai donc plus de collègues.

J'ai aussi fait un appel à projet pour un producteur ou une productrice de fleurs sur le champ, parce que j'ai envie de partager l'expérience de la Ferme des Marnières aussi avec d'autres associés.

Ton activité est-elle viable financièrement?

Avec 10 hectares, vous imaginez bien que j'ai dû faire de gros investissements, donc j'ai beaucoup d'amortissements. Le problème est que, pour l'instant, le maraîchage tient tout le projet en attendant la maturité des arbres fruitiers, l’élevage, les fleurs etc. Donc ça grève le chiffre d'affaires. Je me paie un revenu actuellement très modeste. Mais si je parviens à atteindre mon objectif de 85 paniers/semaine, je m’octroierai un meilleur revenu cette année.

Quel est ton sentiment sur l'avenir du durable dans le maraîchage et l'agriculture?

Le nerf de la guerre, c'est le prix. Et s'il y a bien un domaine dans lequel les gens veulent faire des économies, c'est l'alimentation. Malheureusement celui qui trinque, c’est au final toujours l'agriculteur, pressé de toutes parts par l’augmentation de ses coûts et par les économies imposées par la grand distribution. 

J'ai l'impression que le secteur bio galère un peu ces derniers temps. Pourtant, il est grand temps de comprendre que quand on prend soin des écosystèmes (haies, arbres, mesures anti-érosion), quand on prend soin de la santé des gens (absence de pesticides), cela a un prix. La pollution et l'érosion des sols, la chute de la biodiversité, l’augmentation des maladies, sont un tas d’externalité négatives auxquelles l’agroécologie ne participe pas et pour lesquelles la société ne devra in fine pas payer. Ca vaut bien 1€ supplémentaire pour le kilo d’aubergine…  

Ensuite, contrairement à ce que certains sceptiques affirment, le bio est tout à fait en mesure de nourrir la planète. Certes, dans le modèle productiviste de la monoculture, le bio est un rien moins productif. Mais le souci n’est pas là. Le problème est qu’un tiers au moins des surfaces agricoles dans le monde servent à produire de la nourriture pour le bétail. Quand on connait l’impact carbone de l’élevage, c’est un non-sens total. Il y a donc un paradigme à changer, et cela commence à mon sens par nos habitudes alimentaires. Malheureusement, le climat politique actuel ne me rend pas très optimiste…

Quels sont les avantages de Lasne?

C'est un bel environnement semi urbain, avec une densité de population importante, avec Bruxelles aussi qui n'est pas loin. Je suis près de Waterloo et de La Hulpe, c'est assez bien peuplé, donc je n'ai pas peur de ne pas trouver de clients. Le revenu moyen des habitants de la région aide aussi. C'est un public qui peut plus facilement soutenir l'agriculture au prix juste. Est-ce que le Lasnois est demandeur d'avoir des formules avec des paniers ? Je ne sais pas, on verra. Je pense qu'il y a toujours un moment donné où le marché sature un peu. Des personnes qui veulent aller vers le bio, c'est limité, et les personnes qui veulent, en plus de ça, aller directement vers un producteur, c'est encore plus limité. Et en plus de ça encore il faut qu'elles soient intéressées par des paniers sur base d'un abonnement annuel, ça réduit encore le nombre (rires).